
Le petit bourg du Finistère envisage de céder quelques hectares de l'aber Benoît à son voisin, Tréglonou. La commune se libérerait ainsi des contraintes « littorales » qui freinent son développement économique.
Une petite bande de terre boisée, nichée à l'extrême pointe de l'aber Benoît si cher aux peintres et à Jane Birkin. La commune de Plouvien, se passerait bien de son lieu-dit Tariec, peuplé de sternes et d'herbes folles. Aujourd'hui, Christian Calvez, le maire, se dit prêt à s'en débarrasser en cédant ces 30 ha de frange littorale à la commune voisine de Tréglonou. Dans le même temps, il dit au revoir à la qualification « commune littorale » et ses contraintes, qui pèsent si lourd sur l'activité économique de son bourg.
La Sill bloquée
Le poids lourd de Plouvien, c'est l'entreprise Sill et ses 250 salariés, sur les 900 que compte le groupe. La laiterie, qui s'est diversifiée dans plusieurs productions agroalimentaires comme les soupes ou les jus de fruits, risque de voir deux projets de développement stoppés net par la loi littoral. « La construction d'une chaufferie bois énergie, à quelques mètres des bâtiments existants, sur le plateau pourtant classé zone d'activité par la commune, risque d'être bloquée par le recours d'un seul riverain », déplore Christian Calvez.
Un autre projet, une nouvelle tour de séchage pour répondre à des besoins croissants à l'export, est lui aussi stoppé. « En tout, 50 à 80 emplois sont en jeu. » Auxquels, il faut ajouter celui des 400 agriculteurs qui vendent leur production de lait à la Sill.
Les éoliennes menacées
Les ennuis arrivant souvent en série, l'affaire de la Sill suit de très près celle des huit éoliennes installées sur la commune en 2007. Les machines ont été récemment déclarées illégales par le Conseil d'État qui a confirmé un jugement de la cour administrative d'appel de Nantes. Motif : elles ne se situent pas « en continuité d'une agglomération ou d'un village existant » comme l'exige la loi pour toute nouvelle construction en zone littorale. C'est la même raison qui est invoquée pour la chaufferie.
Christian Calvez a réfléchi : « Si la Sill ne peut pas se développer sur le plateau de Plouvien, elle risque de le faire ailleurs... » La modification des limites territoriales de la commune prend alors tout son sens. « C'est une décision difficile, convient le maire. Certains peuvent le vivre comme une amputation, mais il n'y a pas un seul habitant de Plouvien ou de Bourg-Blanc (autre site de la Sill) qui n'est pas concerné. La commune de Tréglonou est favorable. »
Côté finances, c'est tout vu. Plouvien ne perdrait aucun habitant et une toute petite part de taxe foncière sur les propriétés non bâties. Une goutte d'eau par rapport aux enjeux économiques. La commune pourrait enfin voler de ses propres ailes. En tournant le dos à cette mer qui ne lui apporte que des ennuis.
Sabine NICLOT-BARON. "Ourst-France"